Perte d’autonomie : rester chez soi, où que l’on vive, le plus longtemps possible

La loi d’adaptation de la société au vieillissement est une avancée majeure pour la prise en charge des personnes confrontées aux problématiques de la dépendance. Pour autant, il me semble qu’il revient également aux territoires et à leurs élus de se saisir des innovations et des avancées pour faire évoluer leur approche de l’autonomie en privilégiant le maintien à domicile des personnes en perte d’autonomie.

De nombreux territoires expérimentent déjà de nouveaux types de résidences, de nouvelles approches du vivre ensemble pour ces personnes. Ces innovations gagneraient à être valorisées et généralisées. Les territoires de France sont divers, c’est pourquoi l’accompagnement des personnes âgées ou en situation de handicap doit répondre à leurs spécificités. Ainsi, s’il est possible d’articuler facilement leur prise en charge dans certains territoires urbains ou périurbains, il est plus complexe de structurer efficacement cet accompagnement dans les territoires ruraux.

L’éloignement des domiciles et l’isolement des logements dans les zones rurales conduit généralement a une solution radicale pour les personnes ne pouvant plus vivre sans un accompagnement : l’emménagement dans un EHPAD. Pourtant, cette solution induit souvent un bouleversement social très fort qui perturbe et déstabilise les personnes concernées au risque de contrevenir à leur équilibre et ce malgré la qualité de l’accompagnement proposé. En effet, ces établissements étant généralement installés dans des bourgs centre, une rupture peut se créer avec le milieu social historique des personnes accueillies. C’est pourquoi il me semble nécessaire de renforcer pleinement les solutions capables d’améliorer la synthèse entre un accompagnement médical de qualité et le maintien du lien social et de l’environnement des personnes en perte d’autonomie.

Parmi mes déplacements dans les territoires, j’ai pu appréhender concrètement des approches nouvelles à l’origine de confort personnel, médical et familial pour les personnes âgées ou en situation de handicap sans rupture avec leur environnement géographique et social et source de dynamisme pour une commune.

Notre société ayant basculé dans l’ère numérique, il me semble primordial d’être en mesure d’adapter nos pratiques et nos approches à cette évolution. Ainsi, la domotique regorge de perspectives encore trop peu utilisées.

Quelques conseils départementaux, parmi lesquels la Haute-Vienne, ont mené une expérimentation avec une grande entreprise de systèmes et installations électriques en équipant d’un pack domotique les logements de plus de 500 personnes volontaires en perte d’autonomie. Quel intérêt ? Expérimenter des outils domotiques afin d’assurer un suivi médical et d’éviter l’accident domestique qui conduirait ces personnes vulnérables à l’hospitalisation ou à quitter leur domicile. En équipant le logement, il est ainsi possible de prévenir des accidents courants et de réagir rapidement en cas d’urgence.

Pour la personne concernée, c’est un confort puisque les outils installés permettent de sécuriser facilement son logement (verrouillage des portes et fermeture des volets avec un seul interrupteur, etc.), d’être accompagnée pour éviter les chutes (chemin lumineux, lampes à capteurs de mouvements, etc.), d’être avertie en cas de problème (détecteur de fumée,…) et d’avertir les secours en cas de besoin (bouton de secours en cas de chute dans la douche ou bracelet alarme porté au poignet), d’avoir une assistance immédiate (plateforme de secours téléphonique en haut-parleur).

Pour les médecins, c’est une aide précieuse pour suivre les patients grâce à des balances, tensiomètres, thermomètres, oxymétries connectés qui permettent chaque jour de réaliser une télésurveillance clinique et détecter les anomalies. Ainsi, le médecin généraliste optimise ses déplacements et anticipe les problèmes de santé qui pourraient leur échapper en cas d’absence de consultation de la part des patients.

Enfin, c’est un confort pour les familles qui peuvent s’assurer que leur parent va bien (grâce à des détecteurs de mouvements, d’ouverture de porte, etc.) et être avertis lorsque quelque chose parait anormal.

Tout est à inventer pour développer des outils qui puissent renforcer le maintien des personnes à domicile le plus longtemps possible. C’est un défi palpitant pour les entreprises, un enjeu primordial pour les pouvoirs publics et un confort attendu pour le public concerné.

Cependant, il me semble que la technologie ne peut pas tout. Je suis convaincu que pour être efficace, elle est indissociable d’un accompagnement humain et social. Pour cela, c’est l’aménagement social qu’il convient de revoir, notamment dans les zones rurales. Les schémas actuels d’organisation sociale conduisent souvent trop facilement vers les prises en charge en EHPAD. Pour permettre de développer un accompagnement à domicile de qualité, il convient de questionner les organisations actuelles des zones rurales.

Il est possible de créer des espaces de vie adaptés à des personnes en perte d’autonomie tout en préservant leur indépendance comme leur domicile personnel et en redynamisant un village. Les lotissements adaptés sont une solution qu’il faut explorer et développer.

En Haute-Vienne toujours, l’office public de l’Habitat, en lien avec les collectivités (conseil départemental et commune) a réalisé un lotissement d’habitats adaptés aux personnes âgées et en situation de handicap intégrant des outils domotiques. Pas de résidence spécialisée, mais bien des petites maisons individuelles adaptées où chaque locataire se sent chez lui. Pour favoriser le maintien d’interactions sociales pour les habitants de ces logements, le lotissement a été construit a proximité du cœur de village. Mais il a surtout été accompagné par la construction, à proximité immédiate, d’un bâtiment accueillant des services au public de proximité comme un relais poste, une épicerie (en lien avec les supermarchés alentours), une salle polyvalente dédiée aux réceptions communales et à l’accueil périscolaire, et enfin une salle a disposition des associations et des résidents du lotissement afin de partager des moments conviviaux.

Cette initiative a permis de relever deux défis : proposer un espace résidentiel adapté préservant l’indépendance des habitants et maintenir des services de proximité qui risquaient de disparaitre créant ainsi des emplois et répondant aux besoins des familles et de la vie associative.

Cet exemple en est un parmi d’autre, mais il répond au double pari qu’il nous faut relever dans les années à venir : la technologie au service de l’autonomie et l’aménagement au service du lien social.

Il me semble impératif d’intégrer ces deux principes notamment dans le cadre du développement des territoires ruraux. Dans les années à venir, le nombre de personnes en perte d’autonomie va s’accroitre, il est donc indispensable de changer de modèle et d’approche pour permettre à tous de bénéficier d’un accompagnement de qualité correspondant à la volonté d’indépendance de chacun quel que soit son lieu de vie.

One thought on “Perte d’autonomie : rester chez soi, où que l’on vive, le plus longtemps possible

  1. Merci monsieur le Président, cher André Viola de développer ce thème porteur d’une économie d’avenir. Les audois (ou les ariégeois, dont je suis puisque Chalabrois, né à Lavelanet) ont donné leurs enfants au travail distribué en dehors du territoire alors que l’industrie locale sombrait dans la mondialisation, il y a maintenant près de quarante ans. D’autres, minoritaires sont restés au pays!
    Arrivés à la soixantaine, cette génération d’expatriés du travail des années 60-70, revient donc au pays car elle l’a toujours fait depuis toujours pour entretenir au mieux des parents et garder les liens avec la communauté culturelle villageoise. Pour la plupart salariés, ils reviennent régulièrement depuis leur départ pour vivre sur place durant des congés ou des visites, et donc alimenter l’économie locale.
    Ils souhaitent désormais s’installer pour la retraite.
    J’ai personnellement testé l’évaluation du retour au pays de nos migrants auprès des « résidents de souche »: C’est pas terrible. Certains ne sont pas tendre, dans le genre: ils viennent profiter de nos services etc, »
    Ceux qui reviennent ont cotisés aux différentes caisses. Je ne vous demande de bien nous accueillir, car nous souhaitons revenir à la maison avec des parcours individuels particuliers a mettre au profit de la collectivité…
    Je pense qu’une politique départementale des migrations, intra et extra permettrait de faire toute la lumière sur le phénomène tout en envisageant une sortie très positive sur le développement du département et de la région!

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