Rocard, une certaine idée de la gauche

La République rend aujourd’hui un ultime hommage à cet homme d’Etat, qui restera celui qui me donna envie d’entrer en politique comme on embrasse une cause juste, humaine et nécessaire. Lui qui a toujours affirmé une vision énergique, moderne et ouverte de la France. Il part, au lendemain du Brexit, qu’il prophétisait, voilà 10 ans, parce qu’il avait compris avant beaucoup d’autres que le Royaume Uni était avant tout un « empêcheur » d’Europe. 

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Des idées progressistes qui ne sont plus remises en question

Rocard, c’était une pensée structurée dont les ressorts intellectuels sont toujours d’actualité. Ses idées et ses réalisations –RMI, CSG ayant sauvé notre système de santé par répartition, accords de paix en Nouvelle Calédonie, défense de l’environnement- sont aujourd’hui reconnues comme autant d’avancées majeures pour la France et les français. Ce sont des idées progressistes qui ne sont plus remises en question et qui ont foncièrement essaimé dans toute la gauche en France, au-delà de ce que l’on a appelé la seconde gauche. Il avait synthétisé  le progrès social et la mondialisation, l’Europe et la protection des français… 
 
Mais, il est aussi l’homme de l’innovation en politique, celui qui n’avait pas eu peur de bousculer les certitudes pour apporter de nouvelles pistes, y compris à rebrousse-poil d’une partie de sa famille politique. Réellement, il a fait progresser la France, dépassant les peurs et les blocages. Le Contrat d’Union civile, décidé dès 1991 et précurseur du PACS est un exemple de ce volontarisme par-delà les préjugés, tout comme le RMI, qui engageait la guerre contre l’exclusion, malgré les cris d’orfraie de la droite. Il est aussi celui qui a souhaité aller plus loin dans la moralisation de la vie politique via la loi de 1990 sur le financement des partis politiques.   
  
Rocard croyait davantage au pouvoir des idées qu’à leur incarnation par un homme
Pourtant, au lendemain de sa mort, les éditorialistes ne semblaient retenir que ce rendez-vous manqué de 1988, ce moment où un temps, partant, il avait finalement renoncé à se présenter pour rallier la bannière mitterrandienne. Mais, Rocard croyait davantage au pouvoir des idées qu’à leur incarnation par un homme et encore moins dans sa dimension « providentielle » que confère la 5ème République. Il est toujours apparu serein, jamais aigri de ce pouvoir qu’il n’aura pas eu. Parce que finalement, le pouvoir des idées transcende les courants et les époques. Il donne raison quand son heure est venue. 
 
Alors, samedi, à l’annonce de sa mort, lui, qui affirmait sans cesse qu’il serait bien temps d’y penser quand cela se produirait, tant la vie a bien de quoi occuper tout un esprit, j’ai regretté nos jeunes années, celles où se forgent une identité politique. Mais, je sais qu’il restera de lui une pensée puissante et une certitude : quoi qu’il en coute, la politique ne peut être rien d’autre, qu’une exigence de rigueur.

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