Le jour d’après…

Difficile de trouver les mots et de ne pas tomber dans la facilité d’une réaction à chaud qui ne laisserait apparaitre que l’incompréhension, l’effroi et l’inquiétude face à l’inconnu. Se laisser le temps d’encaisser le choc…

Il est là, ce fait, indéniable, percutant, choquant : jugé tour à tour comme un clown, un raciste, un misogyne et pourtant devenu le 45ème président des Etats-Unis d’Amérique.

On parle bien de cet homme, acteur de télé-réalité, qui doit sa carrière à un héritage familial, et prône le repli sur soi. Oui malgré toute l’irrationalité du personnage et de son parcours et envers les alertes y compris dans son propre camp, il a été démocratiquement élu.

Et alors, on fait quoi de cette réalité ?

Il serait facile de se dire que l’on est à l’abri, ici en Europe. C’est faux !

D’abord parce que de fait, dans un monde mondialisé et interconnecté, l’affaire des américains devient forcément un peu la nôtre. Il faudra bien composer à défaut de s’entendre avec lui. Il faudra bien envisager le monde à travers le prisme d’une entente possible Poutine-Trump. Nous ne pourrons pas faire comme si cela n’existait pas.

Ensuite, nous pouvons pointer que le mode d’élection est différent (un tour, deux tours), que l’élection est directe ici, et indirecte là-bas. Nous pouvons nous rassurer en utilisant tous les arguments qui pourraient plaider pour une absence de contagion possible.

Mais, nous n’en sommes plus là ! Et pour cause, il y a eu le Brexit, et la Pologne, des pays si proches qui ont accepté les chimères du populisme. Et surtout, en miroir, il y a eu le référendum de 2005, un autre en Grèce, il y a eu la négation des peuples dans leurs votes. Alors, aujourd’hui il n’est plus temps de chercher des moyens de se rassurer, il faut entendre. Parce que nous avons tout simplement épuisé la patience des peuples et ne pas le comprendre serait suicidaire.

Entendre mais ne pas, pour autant, accepter tout et n’importe quoi. Nous ne pouvons pas baisser la garde devant des idées qui certes remportent des suffrages mais n’en sont pas pour autant devenues fréquentables. Il faut prendre appui sur l’exemple polonais, parce que la communauté internationale s’est mobilisée, la loi sur l’interdiction de l’avortement y compris en cas de viol a été repoussée. Nous devons mettre la conscience collective en mouvement à chaque fois que cela sera nécessaire. C’est à ce prix que notre monde conservera son équilibre précarisé par des élections comme celle de Trump.

Les forces du progrès doivent reprendre la main. Certains ont remis les clés de nos démocraties à un capitalisme aveugle et aveuglant. Par la télévision, machine à abêtir, par la consommation de masse qui fait qu’il y a plus de monde à l’ouverture des soldes dans les grands magasins qu’à l‘ouverture des bureaux de vote, les citoyens ont oublié que voter était un droit et un devoir. Et que cela signifiait quelque chose en termes d’exercice démocratique. Et que cela devait répondre à une exigence intellectuelle.

Oh, j’imagine bien qu’en lisant cela, nombreux sont ceux qui se disent, qu’en tant qu’élu, j’inverse la charge de la responsabilité. Il a bon dos le capitalisme, qui devient père de tous les maux.

Alors oui, les élus ont leur part. D’abord parce que nous n’avons certainement pas pris la mesure de certaines décisions : la télévision et le mieux disant culturel de Léotard, la France des propriétaires de Sarkozy qui aggrave la paupérisation des classes moyennes et accentue la fracture sociale et la ségrégation territoriale, la remise en cause de l’Etat sur des pans entiers du service public, notamment de l’éducation qui abaisse ainsi sa capacité de vigilance vis à vis de l’effondrement du niveau culturel général.

Ensuite, parce que nous ne nous sommes pas assez profondément remis en cause dans nos pratiques démocratiques. Rénovons notre démocratie du sol au plafond, engageons nous dans des réformes démocratiques audacieuses, remettons en cause les acquis. Soyons prêts à cela. Avec détermination. Et passons des incantations aux actes, parce que nous sommes attendus sur ce point, plus que sur aucun autre, finalement. Les élus sont des chiffons rouges que les populistes agitent, sûrs qu’ils sont porteurs de tous les maux de notre temps. Agissons pour qu’il en soit autrement. Nous en avons la capacité réformatrice.

Alors, oui, la responsabilité est collective et la prise de conscience doit être porteuse de sens. Le capitalisme nécessite de retrouver sa juste place, il peut permettre d’améliorer la vie des gens, mais il ne peut pas devenir le ministère de la pensée. La mondialisation doit être contenue, les citoyens n’ont pas besoin de barrières, ils ont besoin de cadres culturels, sociaux, idéologiques et politiques sécurisants.

Mais Trump comme les autres populistes, oublient systématiquement et sciemment, n’en doutons pas, un pan entier de la question : le poids de la finance internationale et des représentants d’un capitalisme ultra mondialisé, complètement décomplexé, un capitalisme fossoyeur de nos démocraties et de nos idéaux fraternels. Jamais, ils n’invitent les peuples à regarder de ce coté-là. Alors, laissons-les penser que dans ce monde mondialisé, seuls, repliés sur leurs Etats, ils pourraient tout. Le réel va rapidement venir leur rappeler la complexité des solutions à inventer. Pendant ce temps, nous devons renforcer nos coopérations, sur certaines questions, à une échelle suffisante pour nous confronter aux grands groupes, aux marchés financiers globalisés. La COP 21 nous a montré en quelque sorte la voie pour agir collectivement et pour se détourner des lobbys internationaux. Elle a prouvé que la notion de communauté internationale de destin a encore et plus que jamais un sens.

Mais que cela ne nous exonère pas d’agir aussi dans nos sphères locales, par une véritable défiance vis à vis de toutes les décisions qui abiment le lien social, qui épuisent nos territoires, qui fragilisent nos conquêtes sociales. C’est un autre monde qu’il faut non plus rêver mais créer, ensemble. Il est temps.

One thought on “Le jour d’après…

  1. Initier et soutenir les initiatives au niveau local qui favorisent la convivialité, le lien social, l’entraide, me parait singulièrement important.

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