Oui, je suis toujours rocardien…

Un internaute a réagi à mon précédent post « De vous à moi… » publié au lendemain du second tour des élections législatives.

Il pense y lire mon « désarroi face à la défaite » et me reproche « de mettre mon parti avant mes convictions ». Il rappelle que je suis « un élève de Rocard, ce qui plait à de nombreux socialistes » et semble regretter que mon billet « montre une facette « partisane ».»« Assumez ce en quoi vous croyez et si c’est de combattre totalement En Marche, expliquez quelle logique vous y amène. Parce que là, on ne comprend pas cette évolution. » m’invite-t-il, car « De vous à moi, reconstruisez le PS si vous arrivez à le convaincre que la social-démocratie est la seule gauche capable de progrès pour nos enfants. Assumez vos convictions et quittez-le sinon. Y rester avec une ligne de critique permanente du gouvernement, autant que vous rejoignez la France Insoumise. Y rester pour appuyer vers la gauche son action, ce serait cela de la fidélité. »
Je tiens à répondre à ce commentaire car il me permet d’approfondir mes arguments.
Pas de désarroi, mais beaucoup d’interrogations, je l’admets. Le temps politique qui s’est ouvert avec le renoncement de Francois Hollande a obligé chacun de nous – et surtout les socialistes- à s’interroger sur l’avenir et donc sur le positionnement vis-à-vis de celui qui est aujourd’hui président de la République.

Oui, j’étais et je suis encore rocardien et je ne renie rien de mon profond attachement à l’homme politique et au penseur.

Se revendiquer du parti socialiste n’est pas « montrer une facette partisane », comme si être partisan devenait une sorte d’injure, de minoration de son engagement. D’autant plus qu’il serait plus aisé aujourd’hui de gommer cette identité. Or, pour moi, elle est viscérale et je ne suivrai pas l’air du temps en la reniant.

Comme Rocard, je pense que les partis politiques doivent structurer la vie politique. D’ailleurs, le mouvement citoyen, En Marche, est rapidement devenu, dès après l’élection, un parti politique « comme un autre » parce qu’il est utopique de penser que la vie politique puisse s’organiser en dehors des formations qui structurent le débat et permettent au citoyen de se « situer » idéologiquement.

Ce n’est pas parce que les structures partisanes ont failli par leurs méthodes d’animation et de recrutement, ce n’est pas parce qu’elles sont dévitalisées par l’usure successive du pouvoir, qu’il faut pour autant les passer par dessus bord. Bien au contraire ! La démocratie a besoin d’outils et les partis en sont un. A nous tous, citoyens et élus de les inventer à nouveau pour leur permettre de supporter les évolutions de notre temps. Nous avons par confort et habitude, trop tardé à le faire, oui, c’est évident.

Rocard, lui-même quand le «phénomène » Macron est apparu, n’a pas manqué de cibler ces ambiguïtés alors que ce dernier se revendiquait de son héritage, en une phrase testamentaire : «Jeune socialiste, je suis allé chez les partis suédois, néerlandais et allemand, pour voir comment ça marchait. Le pauvre Macron est ignorant de tout cela. La conscience de porter une histoire collective a disparu, or, elle était notre ciment.»

Vous pensez que la logique de mon attachement rocardien impliquerait que je ne m’oppose pas au pouvoir en place, au nom du réformisme et de la modernité. Mais justement ! Les convictions de Rocard l’amenaient à avoir certes une vision ouverte de l’économie (ouverte mais non libérale !) mais en contrepartie, il proposait des évolutions sociales et sociétales fortes. Et surtout, contrairement à Macron, il pensait que l’épanouissement des citoyens passait non pas seulement par le travail mais par un développement personnel et collectif basé sur les arts, la culture, les loisirs, une sorte de post-modernité et par une parfaite intégration au sein de la société. Nous sommes loin de la pensée macronienne pour qui seul le travail fait l’homme, ce qui implique que les personnes exclues du monde du travail seraient des citoyens de seconde zone (rappelez-vous ses assertions sur les chauffeurs Uber). N’oubliez pas que c’est Michel Rocard qui a inventé le Revenu minimum d’insertion (RMI devenu RSA), parce que justement il voulait inclure tous les citoyens dans un avenir commun.

Un dernier point sur la question de l’opposition systématique. Ce n’est pas dans mes gènes politiques. Je veux que la France réussisse mais pour cela il faut que le collectif fonctionne. Il ne faut pas que la France s’organise à plusieurs vitesses et j’ai de très grandes inquiétudes sur cette question. D’où une vigilance extrême qui n’a rien de commun avec une opposition systématique, stérile et abêtissante.

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De vous à moi

Aujourd’hui, je dois vous parler. Comme tout homme politique ou juste comme n’importe quel homme confronté à un échec, il ne sera pas possible d’avancer tant que du passé, je n’aurai pas tiré un bilan, que je me dois et que surtout je vous dois d’établir.

Souvent dans la campagne qui s’est achevée dimanche, j’ai entendu qu’il m’était reproché d’avoir louvoyé de Hollande à Valls, de Valls à Hamon, ça c’était l’opposition qui m’en accusait. Paradoxalement, dans ma propre famille politique, j’entendais inversement que je ne me serais pas assez investi dans la campagne de Hamon, par fidélité envers Valls. De ces accusations, je veux parler aujourd’hui, le plus directement possible.

Le 19 novembre 2016, j’accompagne François Hollande en Lauragais, cette journée se finit par un échange entre nous, il est le Président de la République mais plus encore le héraut de la gauche, de ma famille politique, il porte mes valeurs, il incarne mes souhaits et mes espoirs. Je n’ai alors aucun doute sur sa candidature, je suis prêt à relever le défi de son accompagnement, je suis prêt à le suivre sur la nécessité de commencer par un inventaire de son action pour mieux livrer la bataille de la Présidentielle.

Le 1er décembre, dans une salle des Corbières, j’apprends brutalement qu’il renonce à se présenter et je suis comme de nombreux socialistes, abasourdi, choqué et désemparé. Qui pour incarner une ligne politique autour des valeurs de gauche de gouvernement, démocrates, écologistes, européennes et foncièrement sociales. Qui ? Les primaires de la gauche sont dans la foulée, il n’est pas temps de tergiverser. Manuel Valls devient alors le seul à mes yeux en capacité d’incarner mes valeurs et surtout le seul capable de les amener au-delà des Primaires citoyennes. Alors oui, je soutiens ce que sa candidature représente d’espoir dans une période rendue aléatoire, confuse, heurtée, tendue. Je ferai sa campagne lors des Primaires. L’issue n’est évidemment pas celle que j’aurais souhaitée, pourquoi s’en cacher ? Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait.

Et pourtant, là encore, je n’ai pas hésité, j’ai souhaité m’engager au côté de Benoit Hamon, notre candidat désigné. Je souhaitais m’investir pleinement et contribuer à son programme en matière de ruralité. Benoît a lui souhaité que je prenne part, notamment, à la rédaction du volet tourisme du programme, en recevant des organisations professionnelles à Paris, en animant des réunions de travail et en faisant mon « travail » de militant de terrain.

Circonvolution ? aléas politiques ? changement de pied ? déloyauté ? Que n’ai-je entendu ! Tout et son contraire et toujours une volonté de salir mon parcours, d’enlever le sens qui n’a jamais quitté mon engagement. Le sens d’une fidélité à toute épreuve envers un parti, le mien, le Parti socialiste, à un moment où il est de bon ton et de bon confort que de s’en éloigner, que d’oublier que nous, les élus socialistes, devons cette élection au fait qu’un jour, les électeurs ont trouvé notre nom associé au poing et la rose. Nous savons chacun ce que nous lui devons, ne soyons pas ignorants de notre filiation au risque de perdre notre âme.

Ma fidélité est unique et sans appel, mon parti ce n’est pas un logo, ce n’est pas une rue, ici Fédou, là-bas Solférino, ce n’est pas un nom. Mon parti, c’est des femmes, des hommes et des convictions. Ma fidélité, je la porte à des idées et à des militants, à une histoire collective. Elle m’a permis de traverser les affres des Primaires sans faillir sur mes fondamentaux. Elle m’a permis de prendre conscience que la démarche de Manuel Valls prenait ensuite une voie divergente à ce en quoi je crois : la permanence de ce parti, de ses idées, son empreinte dans l’histoire et ce que chaque élu, chaque militant lui doivent.

Nous devons tout à nos luttes communes. Alors oui, je fais d’abord le choix du parti et non d’un homme ou d’une femme. Je fais d’abord le choix des idées. Je fais d’abord le choix d’œuvrer pour reconstruire une gauche, petit à petit ruinée par le bal des égos de nombre de ses représentants nationaux. Je fais surtout le choix de l’avenir et de dépasser le passé et ceux qui l’ont incarné jusqu’au rejet. Redonnons du sens au collectif, sortons de ces luttes de personnes exacerbées par l’élection présidentielle qui nous ont conduits, au Parti Socialiste, à pratiquement ne plus nous parler entre camarades, parfois même à nous haïr. Ce collectif, c’est l’essentiel ! Nous devons le repenser sur le temps long en sortant de l’immédiateté et des petites phrases dévastatrices.

Je ne cherche pas à vous convaincre, la fidélité demande des preuves, elle demande à s’exprimer, elle demande à être constatée. Alors demain, encore davantage, je vais m’atteler à la tâche pour vous redonner la confiance que certains ont perdue. J’espère que nous serons nombreux à œuvrer dans le sens du progrès, de l’ouverture et de l’avenir, parce que nous, socialistes, avons besoin les uns des autres.

Mardi, au bureau national, avant tout débat, une question a été posée : voulons-nous toujours vivre ensemble ? Question anodine ? Non ! Elle est centrale. Ma réponse est oui ! En tirant le bilan du mandat passé et de la campagne qui se termine, certes. En redéfinissant notre cadre collectif, sans anathème et en se tournant vers l’avenir pour rassembler les socialistes, puis rassembler la gauche. C’est le vaste programme que nous fixait Mitterrand il y a quelques décennies… il est toujours d’actualité.