De vous à moi

Aujourd’hui, je dois vous parler. Comme tout homme politique ou juste comme n’importe quel homme confronté à un échec, il ne sera pas possible d’avancer tant que du passé, je n’aurai pas tiré un bilan, que je me dois et que surtout je vous dois d’établir.

Souvent dans la campagne qui s’est achevée dimanche, j’ai entendu qu’il m’était reproché d’avoir louvoyé de Hollande à Valls, de Valls à Hamon, ça c’était l’opposition qui m’en accusait. Paradoxalement, dans ma propre famille politique, j’entendais inversement que je ne me serais pas assez investi dans la campagne de Hamon, par fidélité envers Valls. De ces accusations, je veux parler aujourd’hui, le plus directement possible.

Le 19 novembre 2016, j’accompagne François Hollande en Lauragais, cette journée se finit par un échange entre nous, il est le Président de la République mais plus encore le héraut de la gauche, de ma famille politique, il porte mes valeurs, il incarne mes souhaits et mes espoirs. Je n’ai alors aucun doute sur sa candidature, je suis prêt à relever le défi de son accompagnement, je suis prêt à le suivre sur la nécessité de commencer par un inventaire de son action pour mieux livrer la bataille de la Présidentielle.

Le 1er décembre, dans une salle des Corbières, j’apprends brutalement qu’il renonce à se présenter et je suis comme de nombreux socialistes, abasourdi, choqué et désemparé. Qui pour incarner une ligne politique autour des valeurs de gauche de gouvernement, démocrates, écologistes, européennes et foncièrement sociales. Qui ? Les primaires de la gauche sont dans la foulée, il n’est pas temps de tergiverser. Manuel Valls devient alors le seul à mes yeux en capacité d’incarner mes valeurs et surtout le seul capable de les amener au-delà des Primaires citoyennes. Alors oui, je soutiens ce que sa candidature représente d’espoir dans une période rendue aléatoire, confuse, heurtée, tendue. Je ferai sa campagne lors des Primaires. L’issue n’est évidemment pas celle que j’aurais souhaitée, pourquoi s’en cacher ? Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait.

Et pourtant, là encore, je n’ai pas hésité, j’ai souhaité m’engager au côté de Benoit Hamon, notre candidat désigné. Je souhaitais m’investir pleinement et contribuer à son programme en matière de ruralité. Benoît a lui souhaité que je prenne part, notamment, à la rédaction du volet tourisme du programme, en recevant des organisations professionnelles à Paris, en animant des réunions de travail et en faisant mon « travail » de militant de terrain.

Circonvolution ? aléas politiques ? changement de pied ? déloyauté ? Que n’ai-je entendu ! Tout et son contraire et toujours une volonté de salir mon parcours, d’enlever le sens qui n’a jamais quitté mon engagement. Le sens d’une fidélité à toute épreuve envers un parti, le mien, le Parti socialiste, à un moment où il est de bon ton et de bon confort que de s’en éloigner, que d’oublier que nous, les élus socialistes, devons cette élection au fait qu’un jour, les électeurs ont trouvé notre nom associé au poing et la rose. Nous savons chacun ce que nous lui devons, ne soyons pas ignorants de notre filiation au risque de perdre notre âme.

Ma fidélité est unique et sans appel, mon parti ce n’est pas un logo, ce n’est pas une rue, ici Fédou, là-bas Solférino, ce n’est pas un nom. Mon parti, c’est des femmes, des hommes et des convictions. Ma fidélité, je la porte à des idées et à des militants, à une histoire collective. Elle m’a permis de traverser les affres des Primaires sans faillir sur mes fondamentaux. Elle m’a permis de prendre conscience que la démarche de Manuel Valls prenait ensuite une voie divergente à ce en quoi je crois : la permanence de ce parti, de ses idées, son empreinte dans l’histoire et ce que chaque élu, chaque militant lui doivent.

Nous devons tout à nos luttes communes. Alors oui, je fais d’abord le choix du parti et non d’un homme ou d’une femme. Je fais d’abord le choix des idées. Je fais d’abord le choix d’œuvrer pour reconstruire une gauche, petit à petit ruinée par le bal des égos de nombre de ses représentants nationaux. Je fais surtout le choix de l’avenir et de dépasser le passé et ceux qui l’ont incarné jusqu’au rejet. Redonnons du sens au collectif, sortons de ces luttes de personnes exacerbées par l’élection présidentielle qui nous ont conduits, au Parti Socialiste, à pratiquement ne plus nous parler entre camarades, parfois même à nous haïr. Ce collectif, c’est l’essentiel ! Nous devons le repenser sur le temps long en sortant de l’immédiateté et des petites phrases dévastatrices.

Je ne cherche pas à vous convaincre, la fidélité demande des preuves, elle demande à s’exprimer, elle demande à être constatée. Alors demain, encore davantage, je vais m’atteler à la tâche pour vous redonner la confiance que certains ont perdue. J’espère que nous serons nombreux à œuvrer dans le sens du progrès, de l’ouverture et de l’avenir, parce que nous, socialistes, avons besoin les uns des autres.

Mardi, au bureau national, avant tout débat, une question a été posée : voulons-nous toujours vivre ensemble ? Question anodine ? Non ! Elle est centrale. Ma réponse est oui ! En tirant le bilan du mandat passé et de la campagne qui se termine, certes. En redéfinissant notre cadre collectif, sans anathème et en se tournant vers l’avenir pour rassembler les socialistes, puis rassembler la gauche. C’est le vaste programme que nous fixait Mitterrand il y a quelques décennies… il est toujours d’actualité.

4 thoughts on “De vous à moi

  1. Monsieur le Président, cher André,
    Moi, je n’ai aucun doute sur tes nombreuses et grandes qualités, sur les valeurs que tu défends.
    Tes discours lors des différentes réunions publiques pendant la campagne, n’ont fait que me conforter dans mon opinion.
    J’approuve ta démarche et ton positionnement tout au long de la campagne, dans le contexte des différents événements nationaux au Parti Socialiste et dans la gauche.
    Ils ont été et sont tout à fait judicieux, les mieux adaptés aux circonstances.
    A bientôt.
    Bien Amicalement.
    François BELOT

  2. Monsieur le Président, cher André,
    Je pense qu’il n’y a pas lieu de te justifier.
    Ceux qui te connaissent savent ta droiture et ton intégrité.
    Nous sommes nombreux à te faire confiance pour défendre les valeurs de respect, d’humanité, de justice et de solidarité. Tu n’as pas démérité en allant sans relâche au plus près des administrés, de tous les administrés.
    Félicitations pour ta campagne, sérieuse et digne. Ce fut un excellent moment de retrouvailles.
    Nous sommes fiers de t’avoir comme président du CD11. auquel tu as redonné un nouveau souffle.
    Bien amicalement
    Maguy BARBON

  3. Je suppose que les échecs laissent un gout amer et les défaites un sentiment d’injustice. Mais  » Un âne avec une étiquette en marche aurait été élu » . Je crois que dans tout parti politique il y a des courants, des tendances. Je ne suis pas une pro Vals c’est sûr car la loi travail restera une indignité pour la gauche mais cela ne veut pas dire que rien ne peut être reconstruit. Emmanuel Macron ne va pas vivre des lendemains qui chantent c’est une certitude. Se présenter comme député demande selon moi un minimum de connaissances du terrain, de la vie locale des préoccupations des populations. Les maires, les conseillers départementaux, les élus déjà en place savent cela mieux que quiconque car ils reçoivent la population et ils connaissent la problématique des territoires. Une majorité avec un taux d’abstention record n’est pas une victoire et ne saurait être considérée comme telle. Je ne sais pas si vous avez failli à quelque chose je ne le pense pas c’est juste que certaines élections sont perdues d’avance et celle là en faisait partie. La gauche a un genou à terre, les deux même mais elle peut se relever et elle ne réussira que si elle se re centre sur ses vraies valeurs de gauche, sur la défense des services publics, la défense des plus démunis et surtout sur l’écoute d’une jeunesse qui manque de rêves, sur la prise en compte des quartiers défavorisés oubliés de tous… Il y a du travail c’est sûr mais je crois que le PS est devant tous les possibles et c’est déjà pas mal.

  4. Bonjour Monsieur Viola,
    Je trouve votre démarche noble d’écrire un article pour démentir ces reproches.
    Personnellement, je n’appartiens à aucun parti, et en toute objectivité, je ne vois dans votre parcours que de la logique et non le contraire.
    Il n’y a pas à dire que vous êtes passé de Valls à Hamon, c’est inélectuable, vous êtes du P.S, vous avez soutenu Valls pendant les primaires puis Hamon a été élu et vous l’avez suivi.
    Ce qui aurait été malhonnête, c’est si vous aviez quitté votre parti politique pour aller par opportunité au mouvement « En Marche » comme l’ont fait beaucoup.
    Je suis désolée que vous n’ayez pas été élu. Pour ma part, vous étiez le seul capable d’être député au sein de notre circonscription.
    Toutefois, vous n’avez pas été élu à cause de cette étiquette « P.S » qui fait tant de mal aux français aujourd’hui… Que dire ? En Marche, c’est pas mieux, c’est pire.
    Ce qui me plaisait chez vous, c’est cette humanité et cette compréhension envers le peuple, dont vous faîtes preuve dans vos discours.
    Malheureusement, au P.S y a la « GAUCHE » et la « gauche ».
    Mon favori était Hamon… Mais son programme sur le revenu universel était de bonne volonté mais infaisable en pratique.
    En espérant que la refondation du P.S permettra une vraie gauche, mais j’y crois peu.
    La vraie gauche de nos jours c’est La France Insoumise.
    Cordialement,
    Anonyme

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s